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« On ne peut pas reconstruire la société roumaine avant de reconstruire ses élites ! » |
24/01/2008
- Roumanie / Interview Francophone / Société
Interview avec l’Ambassadeur de France en Roumanie, M. Teodor Baconschi, en exclusivité pour le journal INTERVIEW FRANCOPHONE
IF : Comment définissiez-vous la personnalité de l’Ambassadeur de la Roumanie en France ?
C’est délicat de chercher à me définir ainsi sans être ni trop sévère ni apologique.
Je pourrais me définir comme un européen « à l’ancienne » et un intellectuel roumain avec une activité éditoriale assez soutenue. Je suis aussi un diplomate roumain qui a acquis les compétences nécessaires lors de sa mission comme Ambassadeur au Vatican et à Lisbonne mais aussi comme secrétaire d’état au MAE. En revenant à Paris, je retrouve la ville où j’ai fait mes études doctorales, j’ai publié mon premier livre et où ma fille, Irina, est née. Cette nouvelle mission est un honneur pour moi et m’offre la chance de contribuer directement au développement des relations franco-roumaines avec ingéniosité et efficacité.
IF : Une grande partie des professionnels roumains est partie de Roumanie à cause de la corruption ou du système de promotion de carrière qui valorise les relations plutôt que la qualité. Dans un article apparu en avril 2007 et publié par le journal Cotidianu, vous parliez de la nécessité de définir « le bon roumain » et de la responsabilité que chaque roumain a de soutenir son pays. Quel rôle peut avoir le professionnel d’origine roumaine qui a choisit de vivre en France et qui n’a pas oublié la Roumanie mais qui ressente plutôt le sentiment d’identité européenne?
Je crois être le premier Ambassadeur roumain à Paris qui a connu aussi les difficultés de la diaspora et qui a pris la décision de retourner en Roumanie après avoir vécu la tentation justifiée de rester dans l’Hexagone. Vous pouvez être sûre que je comprends mes compatriotes établis en France parce que je connais les raisons pour lesquelles ils ne sont pas repartis, je comprends leurs frustrations humaines et professionnelles par rapport à la Roumanie et je vais chercher non seulement à être un partenaire mais aussi à créer les liens nécessaires avec la Roumanie.
C’est évident que chaque cadre roumain en France œuvre comme vecteur essentiel de l’image de la Roumanie et comme preuve de notre vocation européenne.
IF : Dans la période interbellique, l’Ambassade de la Roumanie en France jouait un rôle important pour réunir les cadres roumains et français autour des idées et projets nouveaux, bénéfiques pour l’humanité dans des secteurs comme la politique, l’aéronautique, etc. Quels projets avez –vous pour ouvrir de nouveau l’Ambassade aux professionnels, intellectuels, étudiants roumains et français qui veulent s’impliquer dans des projets européens novateurs ?
Je suppose que vous faites référence à la Roumanie « normale » quand vous évoquez la période interbelique avant la catastrophe communiste. Il faut réinventer cette Roumanie-là. J’ai beaucoup de projets concernant le rôle de l’Ambassade dans la communauté roumaine en France. Je vais inclure dans le programme de l’Ambassade tout événement capable de valoriser la présence qualifiée des cadres roumains en France et j’attends des suggestions de la part des associations dans ce sens. De plus, nous allons restaurer la Salle de Théâtre du Palais de Behague qui va être un espace privilégié de référence franco-roumain.
IF : L’image de la Roumanie en France s’améliore petit à petit et votre stratégie de communication ainsi que vos attitude et vision sur les sujets d’actualité ont donné une dynamique positive à cette évolution. Quelle est votre opinion sur l’immigration des roumains en France, souvent la cause d’une image négative de la Roumanie à l’étranger?
Je suis ravi que l’image de la Roumanie s’améliore avec l’intégration de la Roumanie à l’Union européenne mais aussi grâce à des succès roumains dans différents domaines comme par exemple la récompense d’un film roumain à Cannes en 2007. Je considère malheureusement que la mauvaise image que nous avions était bien méritée. La Roumanie doit changer véritablement et évoluer pour que notre stratégie d’image ne soit pas une suite des mensonges livrés à l’export comme avant. Si nos partenaires français et plus généralement européens ont des informations datant d’il y a 5 ans, ce n’est pas leur faute. Concernant l’immigration illégale, il s’agit d’une problématique qui demande des solutions communautaires, une stricte coordination politique entre plusieurs partenaires. Chaque Etat membre a le droit de recevoir de l’immigration de manière souveraine et en conformité avec les critères établis, compatibles avec les possibilités d’intégration et de soutien financier. La France a signé des accords avec les différents pays membres et la Roumanie aussi va prouver qu’elle peut agir de manière responsable face à un problème d’envergure paneuropéenne.
IF : Votre Excellence, quel est le message que vous voulez donner aux cadres roumains francophones expatriés ?
Si vous voulez rester à l’étranger, restez en même temps de bons roumains en utilisant aussi votre droit de vote. Si vous souhaitez retourner en Roumanie, faites-le avec confiance dans le futur parce que le pays a besoin des compétences, des réflexes démocratiques, des connaissances spécifiques, et surtout des expériences occidentales récentes. On ne peut pas reconstruire la société roumaine avant de reconstruire ses élites.
Ingrid Vaileanu et Yann Guy, Interview francophone |

Pays : Roumanie
Thème : Société
Auteur : Ingrid Vaileanu et Yann Guy
Source : Interview Francophone |
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