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Presse écrite Haïti peut cacher d'autres « Haïti »
18/01/2010 - Le Potentiel / International

Nul ne sait contrôler la nature ou arrêter sa « fureur ». Ce qui est arrivé à la République de Haïti à travers ce séisme qui a occasionné des dégâts matériels très importants et des milliers de victimes, fait partie des impondérables de la nature. Même de nombreux vaudous qui font partie de ce peuple haïtien, avec leurs dons surnaturels n’ont pas arrêté le désastre, incapable «d’envoûter et de neutraliser» la nature. Cependant, le phénomène a été prévenu en 2007. Aucune disposition particulière n’a été prise. On parle de malédiction qui s’abat sur ce peuple déjà meurtri par la pauvreté. On brandit l’ incapacité du gouvernement, l’institutionnalisation de la corruption, l’inexistence d’un Etat, de l’ administration. Haïti est-il le seul pays au monde qui réunit tous ces tares ? Comment ce pays à la vieille civilisation, découverte depuis Christophe Colomb, mérite-t-il un tel sort ?...

Un violent séisme a frappé durement et impitoyablement la République de Haïti. On y dénombre de centaines de milliers de morts et de dégâts matériels très importants. Le triste événement qui s’est produit dans la nuit de mardi à mercredi 12 et 13 janvier 2009 a ravagé tout le pays et quasiment détruit la capitale, Port – au - Prince. Même le Palais présidentiel n’a pas été épargné ainsi que le siège de la mission de l’ONU en Haïti. Tout Haïti est en pleurs.

Des personnes sont déboussolées avec des millions de sans abri. Des immeubles, des hôpitaux, des écoles sont détruits, s’écroulant comme un château de cartes. Jamais ce pays n’a connu un tel tremblement de terre depuis 200 ans. Les images sont insoutenables. Le choc est dur à contenir et à surmonter.

Pourquoi un tel sort sur une population hyper-paupérisée ? Serait-ce la malédiction ? C’est une piste que l‘ on ne peut écarter car les secrets de la nature sont insondables. Mais pourquoi dans un pays où la puissance des vaudous est à craindre que peut s’abattre un tel malheur sans qu’ils aient eu le temps d’aviser la population pour qu’ elle se mette à l’ abri ? Difficile de répondre à cette interrogation car nul ne sait de quel côté de la barrière se trouvent les vaudous. Mais toujours est-il personne n’a la maîtrise de la nature. En tout temps, elle est capable de surprendre l’humanité et causer des dégâts considérables. C’est peut être ce qui est arrivé à Haïti.

UN NON ETAT, LA CORRUPTION…

Mais l’analyse ne s’arrête pas seulement à ce niveau pendant que s’organise un vaste élan de solidarité internationale. L’on essaie de s’appuyer sur d’autres facteurs pour mieux décrire l’ampleur du désastre.

C’est ainsi que l’on apprend que les scientifiques avaient déjà prédit qu’un séisme se produirait dans cette partie du monde. C’était en 2007. Certes, dans leurs prévisions, les scientifiques ne fournissent pas des données exactes. Ils redoutent, une fois de plus, la force de la nature et ses impondérables.

Ce qui est sûr : ils étaient affirmatifs dans leurs prévisions. Et le temps vient de leur donner raison. Par contre, aucune disposition particulière n’a été prise en Haïti. La vie a continué comme si aucun danger ne menaçait les pays de la région. Et le malheur est arrivé.

La faute à qui ? On accuse en premier lieu le gouvernement d’avoir manqué à ses responsabilités politiques. Comme au Japon, il fallait prendre des dispositions pour construire des habitations qui peuvent résister aux secousses du tremblement de terre sans faire trop de dégâts et des victimes. Hélas, Haïti n’est pas le Japon pour disposer des dirigeants hautement responsables, du matériel nécessaire de prévention et de construction. Haïti figure parmi les derniers pays pauvres du monde : 146è sur les 153, selon l’Indice du développement humain.

D’AUTRES HAÏTI

Haïti, selon les analystes, est un Non Etat, car les structures ne le rendent pas viable. Pire, la corruption est institutionnalisée rendant l’ administration inefficace et inefficiente. Tout se monnaye, tout s’achète dans ce pays où la criminalité et la prostitution ont pris des dimensions particulières.

D’où cette insécurité toujours grandissante, ces conflits armés entre bandes rivales et interethniques : c’est la réalité quotidienne haïtienne. Ils n’ont pas tort ceux qui parlent de la malédiction.

Comment expliquer que ce pays qui est en quelque sorte le carrefour des civilisations soit devenu le carrefour du commerce de la drogue, de la contrebande, du proxénétisme ?

Répondre à cette interrogation, c’est automatiquement évoquer la part de responsabilité de la communauté internationale. Découverte en 1492 par Christophe Colomb, ce pays a subi d’abord l’influence espagnole avant celle française et américaine. On peut se permettre d’affirmer que Haïti a eu suffisamment le temps de disposer d’une élite aguerrie et d’envisager l’avenir avec beaucoup de bonheur et d’espoir tant il est vrai qu’ au XXVIIIème siècle, les Noirs en Haïti bénéficiaient déjà des droits politiques.

Mais à partir de 1957, avec l’arrivée de François Duvalier, alias « Papa Doc », les choses ont commencé à prendre des tournures inquiétantes pour basculer dans la dictature, la mauvaise gestion, le clientélisme, l’ insouciance, l’intolérance. Son fils, Jean-Claude Duvalier, «Bébé Doc», désigné président à vie, enfonce davantage le pays dans la misère, laissant la place aux bandes organisées d’imposer leur loi. Le soulèvement de 1994 qui porta le Père Aristide au pouvoir n’ arrangea point les choses. Bien au contraire, on reproche au calotin d’avoir nommé les siens à de hautes fonctions de responsabilité pour contrôler tous les secteurs de la vie nationale. Ils se sont enrichis sans mesure au détriment de la grande majorité de la population haïtienne.

C’est dans ces conditions que l’armée a effectué un coup d’Etat pour reprendre le pouvoir, suivi d’une violente répression qui nécessita l’intervention de l’ONU. Cette étape a été suivie de l’ organisation des élections fortement contestées et qui ont porté au pouvoir René Perval, autrefois dans le parti de Père Aristides.

Haïti n’est pas le seul pays à se trouver dans la situation de « Non Etat » où les dirigeants se distinguent par une insouciance criminelle, incapables d’organiser les institutions fortes, les premiers secours et de sécuriser les populations. Il existe d’autres Haïti dans certains continents où même une simple calamité naturelle maîtrisable débouche toujours sur une catastrophe et cause des dégâts importants.

Il existe d’autres Haïti où des responsables ont été placés au pouvoir à la suite d’une ingérence étrangère. Ils ont bénéficié de l’impunité pour piller leurs propres pays, ne prenant aucune disposition particulière pour faire face à la moindre intempérie.

Il existe d’autres Haïti avec des dirigeants qui ont subi le lavage de cerveau, perdu tout réflexe de dignité pour être au service des puissances étrangères, des organisations internationales et servir de relais et de complices à leurs complots diaboliques pour mieux entretenir leurs intérêts égoïstes.

Le cas haïtien doit interpeller tout le monde. Surtout en Afrique qui est restée la « grande muette » devant ce séisme, lequel a suscité un élan de solidarité internationale dans plusieurs continents.

Thème : International
Auteur : Freddy Monsa Iyaka Duku
Source : Le Potentiel
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