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Presse écrite L'Afrique pleure Aimé Césaire :
21/04/2008 - Congo (Rep Dem) / Le Potentiel / Société

Le monde entier a rendu un dernier hommage, le dimanche 20 avril, au père de la Négritude, Aimé Césaire. Né le 26 juin 1913 d’une famille nombreuse de Basse Pointe, commune du Nord-Est de la Martinique, le poète et homme politique martiniquais s’est éteint le 17 avril 2008 à l’âge de 94 ans. Aimé Césaire reste une figure incontournable de l’Histoire martiniquaise et l’un des derniers fondateurs vivants du mouvement de la Négritude. En Afrique, on s’interroge sur la relève de la littérature négro-africaine de langue française.

Toute la communauté littéraire a rendu un hommage mérité, le dimanche 20 avril, au père de la Négritude, Aimé Césaire. C’est à lui, enfant d’un petit fonctionnaire, et d’une mère couturière, habitant d’une île bordée par l’océan Atlantique dont la «lèche hystérique» viendra plus tard rythmer ses poèmes, que revient la paternité du célèbre concept de « Négritude ».

Son père, instituteur, disait de lui, déjà à l’époque, enfant : «Quand Aimé parle, la grammaire française sourit ». Et c’est auréolé du prix de l’élève le plus méritant qu’il débarque, le bac en poche, à Paris, en 1931, au lycée Louis-le-Grand puis ensuite à l’Ecole normale supérieure.

C’est dans les couloirs de ce grand lycée parisien que, dès son arrivée, le jeune Césaire rencontre Léopold Sédar Senghor, son aîné de quelques années, qui le prend sous son aile protectrice.

Au contact des jeunes Africains étudiants à Paris, Aimé Césaire et son ami guyanais Léon Gontran Damas, qu’il connaît depuis le Lycée Schoelcher, découvrent progressivement une part refoulée de l’identité martiniquaise, la composante africaine dont ils prennent progressivement conscience au fur et à mesure qu’émerge une conscience forte de la situation coloniale.

LA NEGRITUDE : UNE IDEE, UN COMBAT

En septembre 1934, Césaire fonde, avec d’autres étudiants antillo-guyanais et africains (Léon Gontran Damas, les Sénégalais Léopold Sédar Senghor et Birago Diop), le journal « L’Etudiant noir ». C’est dans les pages de cette revue qu’apparaîtra pour la première fois le terme de «Négritude». Ce concept, forgé par Aimé Césaire en réaction à l’oppression culturelle du système colonial français, vise à rejeter d’une part le projet français d’assimilation culturelle et d’autre part la dévalorisation de l’Afrique et de sa culture, des références que le jeune auteur et ses camarades mettent à l’honneur. Sa définition de la Négritude était tout évocatrice : « La Négritude, c’était une somme de souffrances... »

Construit contre le projet colonial français, le projet de la Négritude est plus culturel que politique. Il s’agit, au-delà d’une vision partisane et raciale du monde, d’un humanisme actif et concret, à destination de tous les opprimés de la planète. Césaire déclare en effet: «Je suis de la race de ceux qu’on opprime».

« L’engagement ». C’est le mot-clé de la vie d’Aimé Césaire. Sa pensée se trouve au carrefour de trois influences : la philosophie des Lumières, le panafricanisme et le marxisme. Son combat peut se résumer dans cette phrase, qui est de lui : « Je suis un Martiniquais, un Africain transporté, mais je suis avant tout un homme, et un homme qui veut l’accomplissement de l’humanité de l’homme» .

Une vision du monde et un idéal auxquels il est resté fidèle jusqu’au bout. Et jusqu’au bout il a gardé l’esprit vif, la mémoire alerte, le verbe choisi. Une vie magistrale jusqu’« au bout du petit matin », comme le dit si bien son poème.

RAPPROPRIATION DU PATRIMOINE

En réaction contre le statu quo culturel martiniquais, d’une part, et de la lutte pour l’identité culturelle africaine, de l’autre, Césaire et ses camarades de « couleur » - étudiants antillo-guyanais et africains Léon Gontran Damas, les Sénégalais Léopold Sédar Senghor et Birago Diop – , ont mené le combat pour la reconnaissance de la race noire.

Maintenant que cette génération de Senghor, Damas, Césaire, Birago Diop… s’est épuisée, les Africains sont en droit de s’interroger sur l’avenir de la littérature négro-africaine de langue française.

En effet, face aux multiples défis qui se posent aujourd’hui dans le continent noir, y a-t-il résurgence d’une nouvelle génération d’écrivains, audacieux et capables de reprendre le flambeau et de poursuivre le combat de l’identité culturelle noire ?

Hier, c’était Léopold Sédar Senghor. Aujourd’hui, c’est Aimé Césaire. Entre les deux il y a eu Joseph Ki-Zerbo qui nous a, lui aussi, quitté. Un autre sage africain, Amadou Hampaté Bâ avait écrit avec raison « En Afrique, un vieillrad qui meurt, c’est une bibliothèque qui se brûle ». Peut-on déjà décréter la mort de la littérature ou devons-nous nous forger un chemin, une image, quitte à mourir arme à la main ? Bien sûr que les contextes ne se ressemblent pas. Mais les problèmes des Nègres ou de l’Afrique tout court, sont les mêmes. Ils sont connus. Il faut d’autres plumes plus jeunes, plus tranchantes et plus audacieuses.

Pays : Congo (Rep Dem)
Média : Presse écrite
Auteur : Rich Ngapi
Source : Le Potentiel
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